Petites histoires de Pachyderme

L'automne était arrivé tôt cette année, dès la fin août la fraîcheur du climat avait surpris les habitants en sandales et aux bras nus. L'amplitude thermique voisinait les 18°C avec un vent frais et de la pluie intermittente.

On n'avait pas encore allumé le chauffage, on se contentait encore des chandails et vestes, des chaussettes et des foulards.

Les flaneries au soleil à la pause de midi étaient écourtées, on se pressait le soir pour rentrer après les courses. On vivait à nouveau avec les fenêtres fermées… Il fallait allumer l'éclairage plus tôt, les réverbères suivant l'arrivée du crépuscule insinuait que la nuit arrivait. Les soirées se faisaient à l'intérieur, souvent devant le téléviseur ou avec un livre, une couverture sur les jambes et la robe de chambre sur le dos.… Les couvertures couvraient les lits et nombre de personnes dormaient volets et fenêtres closes la nuit.

Le soir, on refaisait de la soupe, on mangeait aussi chaud à midi. Les ustensiles changeaient : on mitonnait, on bouillait ; finis les repas froids préparés à la va-vite, et légers ; il fallait à nouveau du consistant. On mangeait plus de viande, moins de thon, sardines, maquereaux, d'œufs, de cœur, de saucisses de toute sorte et des autres charcuteries. On passait aux viandes cuites y compris les poissons. On délaissait les légumes frais d'été (tomates, poivrons, aubergines, courgettes, radis), pour plus de légumineuses, de féculants. Venait le temps des poires et des pommes, des carottes et des navets plus des poireaux… L'arrière saison était là !

Voilà l'automne en France, parfois en octobre, parfois en septembre. De belles journées d'arrière saison étaient attendues, mais cette année, il n'y avait que fraîcheur et menace de pluie. Les oiseaux ne s'attardaient pas jusqu'au crépuscule, ils disparaissaient avant 18h.

Pachyderme commença à tourner en rond : ses escapades dans le square limitrophe pour voir du monde s'écourtaient et s'espaçaient dans la semaine. Pas envie, non qu'il eut froid vraiment grâce à son embonpoint, mais son moral suivait le gris du ciel. Moins de gens flanaient, donc moins d'opportunité de converser.

Lui, s'habillait toute l'année de gris et de noir. Il mettait des couches supplémentaires à la mauvaise saison. Jamais on ne l'avait vu avec du rouge ou du bleu, encore moins du vert. Quant à sa nourriture, c'était charcuterie et fromage + pain, pommes, toute l'année. Tiens cette semaine il avait acheté du raisin de saison !

Il songeait qu'avec cet automne précoce, on entrait dans une période morose et intérieure de huit mois. Comment s'occuper hors du travail ? Il n'était pas ouvert aux opportunités, craignait les groupes, n'avait pas de passion et se retrouvait tout seul. L'automne était l'heure de se trouver en face de lui-même une fois de plus.

 

à suivre…

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