La Gueularde n'habitait pas le même immeuble que Pachyderme, mais au bout de la rue, pour ne pas dire qu'elle habitait la rue !

Elle aurait été placée là avec son fils de 19 ou 20 ans pour désengorger un quartier chaud socialement. Du coup elle échauffa toute la rue dès son emménagement, par ses manières de vivre, d'être. Elle ne parlait pas, elle clamait, sans effort. Elle ne savait pas converser, ni être discrète : en fait, elle soumettait de la voix, des gestes, des propos, par ses manières. Sa voix était son premier instrument de domination. De son logement, par la fenêtre ou de loin de son canapé, elle dominait la rue et guettait de l'oreille et de l'œil qui passait, qui allait, qui discutait ; elle se fit rapidement un/son répertoire de gens qu'elle interpellait ou harcellait.

Bref en un mois, elle se fit une réputation dans un coin de ville qui n'avait connu pareils comportements.

Sur le trottoir, elle avait un avis sur tout et tous,

elle s'imposa faisait la loi, sa loi, apostrophant les uns, poursuivant les autres, dénonçant certains, vitupérant… Avec une autre commère du moment, elles s'alliaient pur faire des tours à des couples, à des femmes, elles faisaient peur aux enfants, aux fragiles.

Son fils était du même gabarit : on l'entend de tout le pâté de maisons et on le surnomma donc le Gueurlard. Il n'était pas très intelligent, plutot limité, beau gosse, grand et bien bâti. Il se croyait irrésistible, invulnérable et doué. Il amena des copains de son ancien quartier et commença son cirque sur le trottoir : Ils occupaient la place, pour passer il fallait les contourner, descendre du trottoir entre les voitures. Il n'agressait pas de prime abord, il saluait pour tater le terrain… plus tard, il demanderait quelque chose. Ces coréligionnaires ricanaient bêtement, suivaient le mouvement. À la phase suivante, il engageait la conversation en modulant la voix et en cherchant comment abuser de la personne. Cela commença à fonctionner, surtout avec les jeunes femmes. Elles ne voyaient pas de mal à répondre, à rendre service. Mais aux passages suvants, il devenait plus pressant.

Sa petite bande faisait aussi des virées, avec des mobilettes stridentes qui tournaient et repassaient en sens interdit, envahissaient les rues voisines comme des gosses essayant leurs nouvelles bicyclettes, par des rondes sonores, répétées et énervantes : ils occupaient le terrain. Puis lassés enfin de leur tours stériles, ils s'échappaient sur un ordre du chef et allaient se faire voir ailleurs. Ils retournaient dans l'ancien quartier, où les gens excédés les apostrophaient ou les fuyaient. Puis ils allaient dans des galeries commerçantes, essayaient de soudoyer quelques employés pour avoir des articles : ils n'avaient pas d'argent pour payer. Parfois, ils volaient, mais pas très malins se faisaient repérer.

La bande était mince et pas maligne, mais s'essayait à la fourberie de gros calibre. Certains nouveaux ne restèrent pas : pas assez d'envergure ? de charisme ?

Le Gueulard s'essaya aux affaires : trafic de cigarettes,d'animaux, de drogue, de voitures. Ils démontaient des voitures qu'ils essayaient de réparer sur le trottoir. Pour passer, il fallait alors enjamber les morceaux de carlingue, les batteries et les autres pièces détachées en faisant attention de ne pas rouler dessus.

La Gueurlarde admirait son fils plein d'initiatives, le soutenait, le promouvait. Elle invectivait les gens qui se plaignait et rabrouait la police qui venait pour les vols…

à suivre…

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