Dragonne-IV
Petites Histoires de Pachyderme
La Dragonne du IV° surveillait tout : la co-pro, les locataires, la régie, les comptes, le trottoir, les chats, le ciel…
Elle avait embringué l'Anti-Poufiasse dans sa croisade… avec d'autres co-propriétaires qui louaient leur bien et se reposaient sur elle en tout. Elle se voulait terrifiante, surtout avec les femmes. Avec les hommes elle s'avéra plus coulante… jusqu'à ce que…
Alors qu'il l'aidait à monter régulièrement ses courses jusqu'au quatrième étage, elle prit le Schizo en grippe.
Il faut dire que contrôlant bien sa montée d'immeuble, elle décida s'investir les cours : un matin de 1°de l'An devait être le bon jour pour bien commencer l'année ! Elle descendit avec sa robe de chambre neuve, en chaussettes et en claquettes pour nettoyer la cour, ce qui parut un peu bizarre. Elle ramassa les déchets, les feuilles mortes… or quand elle voulut remonter, il s'avéra que la porte s'était refermée sur elle… c'est elle qui avait demandé qu'on ne puisse actionner la poignée de l'extérieur…
Pachyderme la regarda se débrouiller en escaladant les murets… Godiche rigola en se préparant pour le Nouvel-An. Dragonne-IV dût s'en apercevoir à travers les vitres. Elle commença à lui chercher des poux et écrivit à la régie pour signaler des faits impersonnels et sans témoin. Quand elle la croisait, Godiche ricanait se souvenant du spectacle de cette indomptable en mi-bas noirs sous sa robe de chambre grise… Mais Dragonne n'avait jamais répondu à ses saluts non plus auparavant, alors aider une dragonne impolie et prétentieuse… D'ailleurs, en tant que propriétaire, les locataires, Dragonne les matait !
Or elle n'habitait pas la même montée d'immeuble que Godiche, et elles ne dépendaient pas de la même régie, alors Godiche s'en fichait. Elle nettoyait la cour depuis des années, plantaient déjà des arbustes qu'elle taillait et la cour de Dragonne-IV ne ressemblait à rien. Une entreprise venait quatre fois par an pour tout tondre y compris les mauvaises herbes… et organiser la friche, encore une décision de la Dragonne-IV.
Ne pouvant rien contre Godiche, Dragonne-IV se tournant vers l'Anti-Poufiasse et apprit que Godiche parlait souvent avec le Schizo : Ils mangèrent même à plusieurs dans la cour en été. Dragonne-IV décida donc de chercher des poux à Schizo… Elle demanda à l'Anti-Poufiasse de l'espionner. Elle nota des odeurs de pisse dans l'entrée, et accusa le chien de Schizo de pisser dans l'allée, alors que si Schizo faisait bien quelque chose, c'était de bien s'occuper de son animal. Il le sortait deux à trois fois par jour, l'avait bien élevé. Il n'aboyait que très rarement, était gentil comme tout, affectueux. Alors la pisse dans l'escalier… Ensuite, elle accusa Schizo d'avoir cassé la vitre de la porte de l'immeuble, alors qu'il l'avait consolidée avec son ruban adhésif afin qu'elle n'éclate pas après avoir été fendue en trois.
Schizo écoutait du hard-rock par salves à des heures précises : à 14h après sa toilette, à 20h avant de sortir : il rendait la vie impossible. Bref, Dragonne-IV monta un dossier qu'elle transmit à la régie avec pour mot d'ordre l'expulsion de Schizo… Ainsi elle voulait casser la bande qu'elle croyait que Jardinière, Godiche et Schizo formait aux dires de l'Anti-Poufiasse.
Mais Jardinière avait travaillé dans l'immobilier et connaissait les régies. Elle demanda à celle de la montée d'immeuble de la Dragonne ce qu'il y avait dans le dossier… C'est ainsi que la bande apprit les griefs ! Godiche indiqua à Schizo une bonne association de locataires, et les faits furent expliqués… Quand vint le rendez-vous au tribunal, le propriétaire de Schizo ne se présenta pas… l'avocat de la régie présenta les faits comme impropres à la vie dans l'immeuble, nuisance à l'ordre ou quelque chose comme cela, dégradation, incivilité, bruits et problème d'hygiène, avec comme témoin l'Anti-Poufiasse et la Dragonne. L'avocat de Schizo répondit point par point avec le témoignage écrit de Jardinière et Godiche : Godiche et Jardinière avaient constaté "c'était des odeurs de pisse de chat. Et puis un chien pisse en levant la patte, pas au raz du sol". Schizo écoutait de la musique, de jour, l'immeuble était très mal insonorisé, on entendait tout d'un appartement à l'autre. La vitre était cassée depuis des mois et le syndic n'avait pas demandé son remplacement au risque des habitants. Il n'y avait aucune preuve contre Schizo : "le dossier est vide" conclut la juge, même pire c'était de la diffamation et du harcèlement. De ce jour, tout syndic d'immeuble que la Dragonne fut, elle n'eut plus la confiance de la régie qui pourtant passa les frais de tribunal en charges pour les co-propriétaires : "les locataires ont tous les droits maintenant" argua-t-elle !
Jardinière lui lança devant le voisinage "confondre de la pisse de chat et de chien, c'est pas très fin !"
à suivre…
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