Comment va Godiche ?

Petites Histoires de Pachyderme

Godiche  était souvent mal en point : parfois elle se réveillait avec une migraine, migraine à gauche ou à droite, migraine de derrière. Le pire était celle qui s'installait à gauche, jusque dans l'œil, elle avait l'impression d'un sillon de douleur qui s'enfonçait un peu plus chaque fois… La journée serait difficile, elle annulait les rendez-vous : elle ne pourrait rien faire. Mais il y avait aussi celle, frontale qui donnait l'impression à la tête d'être un culbuto… Là, elle savait que la journée allait être terrible en plus d'être perdue. Pour les autres, elle attendait 14 heures, car parfois la migraine passait toute seule, se dissipant au fur et à mesure que la journée avançait. Parfois la migraine était continue, parfois par lancement, parfois vague avec des reflux et des afflux comme une marée… Quelques fois elle s'instillait avec les mouvements et il lui fallait rester coite ; quelques fois, il fallait bouger pour qu'elle s'évince un peu, un temps… Ainsi Godiche ne savait jamais comment se soigner ; les médecins, voire les neurologues non plus : leur protocole ne connaissait que les migraines fixes et répétitives. Alors elle trainait mal en point, incapable d'articuler deux pensées à la suite, et surtout pas en même temps, elle était aussi incapable de prévoir quoique ce soit…
Quand la crise était forte, elle s'augmentait de nausées, d'étourdissements : alors elle prenait des cachets, chers, des cachets de neurologie… Il y en avait de plusieurs sortes… lequel ferait effet cette fois ? Mystère… il fallait attendre vingt minutes avant de savoir si c'était le bon, s'il allait faire effet… Puis en changer, s'il n'avait pas d'effet. Alors elle  prenait celui de la boîte n°2.
Alors elle s'allongeait dans l'ombre, au frais, sans bruit alentour, sans odeur et elle attendait. Inutile de s'agiter, de s'énerver, impossible de faire quoique ce soit : la journée n'existait pas, et elle se retirait du monde et n'était que douleur…

Après avoir bien observé, recoupé, additionné, mais aussi déduit ce qui ne faisait pas conjonction, il lui semblait que le problème venait de son métabolisme qui ne s'enclenchait plus logiquement ou qui était perturbé. Les médecins restaient perplexes à ses hypothèses, mais n'avaient pas d'explication meilleure.

En dehors de ces crises, elle se portait bien ! Du moins c'est ce que révélaient les examens et les analyses… Quand elle était épuisée, son corps fonctionnait tout de même bien ! Pourtant elle se trouvait comme une voiture dont la batterie flanchait…

Une année, elle réalisa qu'elle avait les symptômes inversés de sa mère, sa grand-mère et peut-être même son arrière grand-mère… Un médecin concorda… ensuite il fallut trouver le bon dosage et attendre encore six mois que cela se stabilisa… une sinécure !
Parfois elle était tellement habitée par son mal, qu'elle ne percevait plus son environnement, qu'elle ne tenait pas compte du climat, ne voyait plus les passants, avait même du mal à monter les trottoirs, sans parler d'arriver à son étage par les escaliers. Elle n'avait alors qu'une hâte : s'enfermer dans son antre sans personne…

Aussi quand elle allait bien, elle était toute contente de revivre et on la trouvait tout feu tout flamme, pleine d'entrain et de ressources jusqu'à la prochaine perturbation !

Ainsi était sa vie, en dents de scie irrégulières…

 à suivre…
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Posté par divaguer à 15:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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