Petites Histoires chez Pachyderme

Mughlaqa saluait parfois les passants depuis ses fenêtres du rez-chaussée, elle faisait un brin de causette avec les voisins, parfois elle fermait tout et elle-même : elle ne voulait plus voir personne.

Elle connaissait beaucoup de monde. Elle avait un fils handicapé moteur, très gentil et souriant, qui vivait en fauteuil roulant. Grâce à lui, beaucoup de gens parlaient à Mughlaqa pour demander des nouvelles de son fils quand il était en pension.
Il avait commencé à parler vers douze ans, par double syllabes : il disait "boire", chocolat était "colat", "téo" pour "météo", "rmir" pour "dormir" et sa mère décodait, comme toutes les mères du monde…

Elle avait travaillé longtemps pour l'hôpital du coin et n'avait pas supporté la nouvelle méthode de travail qui minutait chaque geste. Le lien avait les collègues était devenu un luxe et les employés avaient même du mal à fumer une cigarette pendant leur temps de pause. Il fallait toujours courir : courir chercher les dossiers des patients, courir apporter le matériel aux infirmiers, courir transmettre un courrier de médecin, courir nettoyer un dégât, courir d'une consultation à l'autre. Elle tint un temps, puis démoralisée tomba malade. Elle fut arrêtée quelques semaines, puis quelques mois, puis repris le travail enfin, mais transférée dans un autre service où elle ne se reconnut pas, elle retomba malade et fut mise en invalidité. Elle ferma ses fenêtres et sa porte : elle se mura dans le sombre et le silence. La maladie que le travail avait canalisée les années précédentes, s'aggrava…  et la société compta un handicapé de plus !

à suivre…
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