Petites Histoires chez Pachyderme

C'était bientôt la Toussaint : la période des grands déplacements familiaux et des morts sur les routes.
Pachyderme avait ses morts, mais n'allait pas sur leur tombe : problème de locomotion ? de soldes mémoriels ? problème financier ? Maintenant qu'il avait le temps de la retraite, il n'avait pas l'habitude de ces rendez-vous calendaires. Son frère non plus par ailleurs, donc il restait seul…

Le mois d'octobre avait été un des plus chauds de l'histoire météorologique nationale : 23°C pratiquement tous les jours (avec des nuits fraîches toutefois). Pachyderme circulait en chemise tous les jours ; certains jours même il vêtait un pantacourt et marchait en sandales.
Depuis le début du mois, le soleil était au rendez-vous chaque jour, chaud ; la lumière du jour se faisait plus tardive, plus oblique, plus tamisée, mais cela ne sentait pas l'automne, donc pas la Toussaint. Il n'avait pas vraiment plu depuis début août et la canicule de septembre n'avait pas arrangé les sols et jardins. Les feuilles des arbres étaient tombées depuis l'été, les sols étaient chauds, la vue dégagée, dorée… Les moustiques perduraient ainsi que les mouches. L'été s'éternisait sur le pays.
Les oiseaux voletaient autour de l'immeuble bien que les migrateurs aient déjà fait leur voyage depuis plusieurs semaines, les passereaux piaillaient dans les cours et les jardins alentours. La Godiche les nourrissait abondamment tous les jours, des deux côtés de l'immeuble. Des écureuils avaient été de nouveau aperçus, alors que deux nouveaux chats étaient apparus… comment faire règner l'harmonie dans la nature ?


Autre bon côté de ce climat, il n'y avait pas besoin de chauffer les appartements : économie d'électricité, épargne financière.
Toutefois, Pachyderme ne vivait pas les fenêtres ouvertes : quelle que soit la saison, ses fenêtres étaient constamment fermées, sauf vingt minutes par jour pour aérer des deux côtés, comme on le lui avait appris quand il était jeune. Il vivait confiné, rangé.
Il avait encore grossi, car il compensait ses problèmes financiers par la nourriture, bon marché, grasse et salée. Comme il aimait aussi le sucre, cela n'arrangeait rien. Il mangeait à peu près la même chose toute l'année, comme s'il n'y avait pas de saison.
Il ne marchait pas beaucoup : l'été parce qu'il faisait trop chaud et qu'il se fatiguait vite, l'hiver parce qu'il faisait froid et que les gens ne flânaient pas, donc il n'y avait rien à faire, le printemps et l'automne parce qu'il n'avait pas l'habitude et qu'il ne voyait pas ce qu'il y avait à regarder, parce que flâner sans but lui semblait vain, se promener sans copain, lui semblait ridicule.

Aux trois derniers jours du mois, le climat changea. La température était descendue à 17°C la semaine précédante et du jour au lendemain, on passa à 7°C : on aurait dit que l'hiver grillait la politesse à l'automne.
Pachyderme enfila son blouson, rangea ses sandales et ses chemisettes, mais pour le reste rien ne changea. Il vit que la météo prévoyait un réchauffement la veille de la Toussaint, alors il ne chauffa pas, endurant la fraîcheur de l'appartement, sortant de chez lui pour des endroits chauffés, s'enfilant sous son duvet le soir.

Toussaint passa sans qu'il s'en rendit compte…

 

 à suivre…
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