Petites histoires de Pachyderme…

On en était au 29ième jour de canicule de l'année sur la ville.
Pachyderme avec ses 120kg avait encore plus de mal à monter ses deux étages à pied que d'ordinaire. Les fenêtres de la montée d'escalier avaient beau être ouvertes, l'air était rare. Le rez-chaussée et l'entre-sol restaient frais grâce à la bignone qui escaladait la façade. Mais vingt marches multipliés par quatre, cela fait beaucoup d'effort pour son corps lourd et gras, et pour son cœur qui s'épuise.

Chez lui, il ouvrait bien ses fenêtres en Est/Ouest la nuit, mais la chaleur de la façade de l'immeuble de mâchefer et celle du goudron de la rue se conjuguaient pour faire un four. La température flèchissait seulement vers 4 heures du matin pour deux heures environ.
Les matins étaient chauds très vite et il fallait tout fermer. Les volets métalliques des fenêtres n'étaient d'aucun aide et il n'osait pas mettre de carton devant les vitres comme le faisait un des voisins. L'appartement devenait un étouffoir à 31°C, quand, dehors il faisait plus de 40°C à l'Ouest. Seule la cuisine descendait à 29°C grâce aux arbres de la cour qui servaient à la fois d'écran et de puits de verdure.
Les habitants qui ne travaillaient pas, restaient donc chez eux dans la pénombre de 10 heures du matin à la nuit. On manquait d'air. La ville était sous une chappe de plomb. Les corps étaient pesants. Les gens transpiraient aux moindres mouvements. Les cerveaux fonctionnaient au ralenti, ne supportant pas plus de deux idées à la fois.

Pachyderme suait à flots. Il ne sortait plus que la nuit, se réfugiant dans le square à côté de l'immeuble. Et encore heureux qu'il y eut des arbres, des plantes et du gazon dans ce coin. Des couples y venaient, des enfants jouaient jusqu'à mimuit bien sonné, les parents étaient épuisés. Même dans ce jardin, l'air semblait confiné.

Quand le vent du Nord soufflait un peu, les hautes pressions allègeaient l'atmosphère. Quand le vent du Sud-Ouest arrivait, même ayant passé les montagnes, il restait lourd, amenant des souffles d'air chaud par sacades. Mais ce que les habitants redoutaient le plus, était le vent du midi. En plus de sa force pesante, il roulait par bourrasques chaudes et les basses pressions mettaient un couvercle sur la ville. Une chaleur de plomb envahissait les rues et les jardins, et tout le monde était mal.

On attendait la pluie avec une impatience vaine, car la météorologie n'en prévoyait aucunement.
Les frènes perdaient leurs feuilles jaunies. À la deuxième semaine, c'est le plus jeune qui sacrifia ses feuilles. Puis ce fut celui de l'allée qui ne supporta plus l'effort. La dernière semaine, le plus ancien se rendit. Le marronnier résista mieux : il était aussi plus vieux.

Pachyderme restait prostré dans son appartement, l'oxygène semblait lui manquer. Il ne savait pas si sa pression artérielle était en hausse ou en baisse, mais il se sentait défaillir. Impossible de s'intéresser à quoique ce soit. Il allait de son lit à sa douche toutes les heures.
Il avait pensé installer un lit dans sa cave, car elle avait un soupirail donnant dans la cour. Il y faisait donc frais. Mais il n'y avait pas d'électricité et passer sa journée dans un enclos sombre le rebutait. Il se mit donc en mode attente de survie.
Toutefois, après quelques jours de ce régime, il sentit un mal de tête insidieux et pressant… la migraine était née. La boîte cranienne semblait trop petite : une tension trop forte là-dedans. Il y avait de quoi se taper la tête contre les murs.  Il lui fallait attendre la nuit pour que la migraine s'atténue. La vie lui était difficile. Il ne se sentait que douleur et lourdeur. Les journées étaient mornes et longues, sans avenir, sans présent. Le passé n'était que brouillard. Mais dehors le soleil dardait.

Puis ce fut la date de visite estivale de sa fille. Comme d'habitude il loua une voiture afin d'aller la chercher dans ses montagnes. Il lui fallait faire de gros efforts pour se remuer, mais pour la petite il faisait de son mieux. Il se demandait bien ce qu'il pourrait lui proposer pendant ces vacances.…
Aurait-il repenser la situation, qu'il serait aller la chercher une semaine plus tard, quand la météo annonçait l'accalmie.
Au bout de deux jours de séjour chez son père, le plaisir de le revoir émoussé, la gamine s'ennuya, se sentit mal, rêva de la piscine de ses cousines : le troisième jour, Pachyderme la ramena chez sa mère, où non seulement elle pouvait s'organiser la journée sous une température plus supportable, mais encore avait des copines pour passer le temps…

Pachyderme se retrouva donc seul dans la canicule, sous un soleil aveuglant, enveloppé de sa misère…

  à suivre…

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