Petites Histoires de Pachyderme

Et la reine du pâté d'habitations s'éprit de celui qui se prenait pour le roi : le Gueulard ! Il était son premier amour… Elle était son trophée. Il se pavanait, elle exultait : un homme s'intéressait à elle, cette jolie ado, ego-centrique et orgueilleuse : cela les légitimait tous les deux dans leur rôle.

Ce fut une éclosion de sensualité dans la rue et les abords. ils s'embrassaient éperdument, ils se donnaient à voir : lui à sa bande, elle à ses copines… Les voisins étaient leur public. Elle se prenait pour une femme, alors que ses copines n'étaient encore que des filles. Il se prenait pour un caïd et roulait des mécaniques (à tous les sens du terme), dominant le monde de son regard et de sa voix quand il appelait sa reine depuis le trottoir ou depuis sa fenêtre presque en face. Elle répondait flattée qu'il ait besoin d'elle et que son amoureux se manifesta impérialement et souvent…

Les mères, elles s'ignoraient. L'enfant de l'autre n'était aucunement bienvenu chez chacune.

Les rencontres se faisaient donc dans la rue. Puis, attendant que la mère fût partie, ils s'introduisaient dans le logement libre et s'enfermaient dans la chambre. Elle était toute dévouée à son amoureux. Il était arrivée à une étape de sa vie, il se voulait homme et seigneur, et la belle adolescente blonde et fine le confirmait dans son statut. Mais la Reine avait l'habitude de faire marcher son monde, et que son monde tourne autour d'elle. Le Gueulard n'était pas arrivé à ce stade pour obéir et vénérer une femelle.… Les prises de becs étaient donc fréquentes et hautes en décibels, chacun voulant que l'autre s'occupa et combla son ego. Ils se séparèrent maintes fois, pour se retrouver au vue de tous avec toutes la frénésie de leur jeunesse traumatisée.

Chaque fois qu'il y avait séparation, les mères essayaient, discrètement et séparément de ramener sa progéniture au bercail. Mais en vain, l'attraction était telle, qu'ils revenaient l'un à l'autre.

Le Gueulard voulut aussi s'installer dans la maison de sa belle… Il se comportait en seigneur, se faisait servir, il voulait être comblé.… Il en prit tellement l'habitude quand la Sans-gène n'était pas là, qu'il s'oublia et s'installa dans le salon, commandant ce dont il avait envie. La Mère Sans-Gène observa la scène et attendit d'être seule avec sa fille pour lui demander, si être traitée de la sorte était une satisfaction, si elle devait être soumise ou libre, etc… La Reine trouva des excuses à son seigneur, éludant le problème.

Mais la scène eut tôt fait de se reproduire : la Mère Sans-Gène reprit sur le champ le pseudo seigneur et lui dit "pas de ça chez moi !", lui énonçant les valeurs des Gauloises ! Il fut mis à la porte manu-militari. La Reine pleurait, l'appelant, criant. Mais la Sans-Gène maintient sa position et sa fille… mineure. Celle-ci s'enfuit, mais la maison du Gueulard, en l'occurence de la Gueularde, était occupée par celle-ci. Les deux amoureux se retrouvèrent dans la rue, au vue et au su du public fatigué de ce vaudeville.

Un peu plus tard, Gueulard s'imposa chez la Sans-Gène, en mettant dans la tête de la Reine que tout allait bien se passer, qu'il serait courtois, que sa mère ne pouvait s'opposer, etc… Ils se faufilèrent dans la chambre, la Mère Sans-Gène dans sa maison ! Trouvant que le manège fonctionnait bien, ce fut une habitude. Mais le loup dans la bergerie a beau se déguiser, il reste un loup.

 

à suivre…

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