Petites histoires de Pachyderme…

La Louée était arrivée avec la nouvelle administration de l'immeuble. Elle était prioritaire. Elle était mince, avec de longs cheveux sombres qu'elle laissait pendre dans son dos. De dos d'ailleurs on la prenait pour une jeune fille. De face, on voyait bien qu'elle avait vécu.

En fait "elle vivait" encore !

Chaque mois, chez elle, dans son F1, arrivait un nouvel homme. Plus jeune qu'elle en général, très discret vis à vis des voisins, c'est pour cela qu'on ne comprit pas tout de suite.…

Elle arriva en début de printemps. Elle disait bonjour à tout le monde, mais ne s'attardait pas.

Elle avait des canaris dans sa cuisine, et on les entendait chanter quand la fenêtre était ouverte. C'était charmant. Ce qui l'était moins c'était les reliefs de leur repas que l'on trouvait régulièrement dans la cour. Puis ce furent les pots de fleurs qui tombaient et qu'elle ne venait jamais ramasser.

Elle partait tous les soirs vers 19h, rentrait de nuit, voir tôt le matin et allait son train de vie. Les habitants menant la leur, on n'en fit pas cas…

Peu de temps après son arrivée, les fenêtres ouvertes grâce à un printemps chaud, on entendit des discussions fermes et longues, des espèces de litanies sonores dont on n'entendait pas distinctement les mots, un fois, deux fois en peu de jours. L'homme descendait, revenait le soir, puis le lendemain, puis on ne le revit plus.

Histoires de ménage n'intéressent pas les voisins. Mais un mois plus tard, la même scène avec un autre homme se reproduisit. Puis encore une fois avec un autre… Ces hommes n'avaient pas la clé, ni de l'immeuble, ni de l'appartement. Ils sonnaient à l'interphone. Ce même été, apparu un homme étrange, grand, gros, avec un chien de la taille d'un veau… Dans l'appartement, on aurait qu'ils menaient un conciliabule.

Chaque jour, nombre de bouteilles de verre partait à la poubelle.

La jeune voisine de palier croisant l'homme, calme, mais imposant, sentant l'alcool, eut des craintes.  Elle avait entendu elle-aussi partie des discussions tard dans la nuit, depuis sa propre chambre. Plusieurs fois, elle se faufila hors de chez elle quand elle pensa avoir le champ libre. Elle n'était pas tranquille. Elle demandait à ses amis de venir la chercher pour descendre de chez elle. Elle chercha sur internet le type de chien, et en déduisit un modèle yankee interdit à la reproduction. Elle prit peur.

La Godiche, jamais en mal d'une conversation, entreprit de parler à cette femme sans âge, finalement. Elle lui demanda si elle travaillait loin.

-Non, je ne travaille pas, dit la femme sans ambage.»

-ah bon, mais je vous vois sortir tous les jours à 19h quand je rentre !»

-Non, non, je sors quand je suis prête ! Moi, j'ai une vie pépère…»

Un autre jour, elle croisa un homme avec une longue et mince malette qui voulait entrer dans l'allée sans que l'on lui ouvrit de l'interphone :

-où allez-vous ? » demanda la Godiche

-je vais voir une amie » dit doucement l'homme.

-ah oui ? et qui ?»

-elle veut être discrète… »

-Et bien si elle ne vous ouvre pas, c'est soit qu'elle n'est pas là, soit qu'elle ne veut pas vous voir !". Et elle ne libéra pas la seconde porte.

Mais c'était déjà le troisième de la saison…

à suivre…

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